
Santé : questions pratiques
La croissance du Bullmastiff : bien grandir sans brûler les étapes
Alimentation, poids, activité physique et développement articulaire : les précautions essentielles pour accompagner la croissance d'un chien de grande race.
Ces informations ne remplacent pas l’avis d’un vétérinaire.
À deux mois, le Bullmastiff est encore un chiot aux mouvements parfois maladroits. Quelques mois plus tard, il affiche déjà une carrure impressionnante. Cette transformation rapide peut donner l'impression qu'il devient adulte bien avant l'heure.
Pourtant, derrière sa silhouette puissante, son organisme poursuit un long travail de développement. Ses os, ses articulations et sa musculature n'évoluent pas tous au même rythme.
Chez cette race, l'objectif n'est donc pas de faire grandir le chiot le plus vite possible, mais de lui permettre d'atteindre progressivement sa morphologie adulte, dans de bonnes conditions.
Une croissance qui se poursuit bien après la première année
Le Bullmastiff appartient aux races de grande taille, avec une ossature importante et une musculature particulièrement développée.
Selon le standard FCI de la race, le poids adulte se situe entre 50 et 59 kg pour les mâles et entre 41 et 50 kg pour les femelles. Ces valeurs sont des repères morphologiques, pas des objectifs à atteindre à tout prix.
Sa croissance peut se poursuivre jusqu'à 18 à 24 mois environ, selon les individus. Le développement musculaire et la maturation générale continuent encore après la période de croissance la plus visible : un jeune Bullmastiff peut avoir presque atteint sa hauteur adulte sans posséder toute sa musculature.
Il faut également accepter les différences individuelles. Deux chiots du même âge, même issus d'une même portée, peuvent présenter des poids et des rythmes de développement différents sans que cela révèle une anomalie. La régularité de leur évolution et leur état corporel comptent davantage qu'un chiffre isolé sur la balance.
L'alimentation : nourrir la croissance sans chercher à l'accélérer
L'alimentation joue un rôle majeur dans le développement du squelette. Chez les grandes races, un apport énergétique excessif peut favoriser une croissance trop rapide et augmenter les contraintes imposées à un appareil locomoteur encore immature.
La difficulté consiste à couvrir les besoins importants du chiot sans tomber dans la suralimentation.
Un aliment complet formulé pour la croissance des chiens de grande race constitue généralement le choix le plus adapté. Il doit apporter suffisamment d'énergie et de protéines, mais aussi des quantités maîtrisées de minéraux. À titre d'exemple, l'aliment Opti Life Puppy Maxi disponible à l'élevage est destiné aux chiots dont le poids adulte dépassera 25 kg.
Le calcium et le phosphore méritent une attention particulière. Tous deux sont indispensables à la construction osseuse, mais leur équilibre est essentiel. Un excès de calcium, notamment pendant les premières phases de croissance, peut perturber le développement du squelette.
C'est pourquoi il ne faut pas ajouter de calcium, de poudre d'os ou de compléments minéraux à une alimentation complète et équilibrée sans indication vétérinaire.
Une alimentation destinée aux chiens adultes ne constitue pas non plus un bon moyen de ralentir la croissance : elle peut ne pas répondre correctement aux besoins spécifiques d'un jeune chien de grande race.
Quant à la ration quotidienne, elle doit être ajustée à l'âge, au poids, à la densité énergétique de l'aliment et surtout à l'évolution réelle du chiot. Les quantités inscrites sur un sac de croquettes sont des points de départ, pas des obligations. Notre calculateur de ration donne une estimation indicative à partir du poids actuel, de la note d'état corporel et de l'énergie de l'aliment ; elle se réévalue au fil des pesées.
Les principes généraux (choix d'un aliment complet, transitions, repas, friandises) sont détaillés sur notre page Alimentation, rédigée pour le Cavalier mais valable dans ses grandes lignes.
Un Bullmastiff bien portant n'est pas nécessairement un Bullmastiff très lourd
La silhouette massive du Bullmastiff peut rendre le surpoids difficile à reconnaître. Un jeune chien très rond semble parfois particulièrement robuste, alors qu'une partie de son volume provient simplement d'un excès de graisse.
Pour apprécier son état corporel, le poids ne suffit pas. Chez un chien en bonne condition :
- les côtes se palpent sans pression excessive, sous une couverture graisseuse modérée ;
- une taille reste perceptible lorsqu'on observe le chien de dessus ;
- l'abdomen présente une certaine remontée lorsqu'on le regarde de profil.
L'échelle de note d'état corporel (NEC) utilisée en médecine vétérinaire va de 1 à 9. Une note de 4 à 5 correspond généralement à une condition favorable, avec une préférence possible pour un état plutôt mince pendant la croissance des grandes races. Cette surveillance est particulièrement importante chez le Bullmastiff, dont la largeur du thorax et la musculature peuvent masquer une accumulation progressive de graisse.
Les courbes de croissance établies par Salt et ses collaborateurs en 2017 ne sont pas applicables aux chiens dont le poids adulte dépasse 40 kg. Pour le Bullmastiff, le suivi individuel du poids et de l'état corporel reste donc particulièrement important : peser régulièrement le chiot, noter son évolution et examiner sa silhouette. Notre outil Poids & NEC permet de tenir cet historique (la courbe de croissance affichée est celle du Cavalier King Charles et ne constitue pas une référence pour le Bullmastiff).
Une prise de poids spectaculaire n'est pas, à elle seule, un signe de meilleure croissance.
Bouger, jouer et découvrir : oui, mais sans excès
La croissance d'un grand chien impose certaines précautions physiques. Cela ne signifie pas qu'il faille empêcher le chiot de courir, de jouer ou de se promener : le mouvement participe au développement musculaire, à la coordination et à la découverte de son environnement.
Les promenades adaptées, les explorations tranquilles et les jeux spontanés sur des terrains variés sont bénéfiques. En revanche, les exercices prolongés ou imposés méritent davantage de prudence. Courir plusieurs kilomètres aux côtés d'un vélo, multiplier les sauts, répéter des courses brusques avec des arrêts violents ou monter et descendre de nombreux escaliers ne sont pas des activités à rechercher pendant les premiers mois.
Les escaliers justifient une vigilance particulière chez les très jeunes chiots. Une étude norvégienne menée sur environ 500 chiots de quatre grandes races a observé une association entre leur usage quotidien avant 3 mois et un risque accru de dysplasie de la hanche, alors que les promenades quotidiennes en terrain naturel étaient associées à un risque plus faible. Cela ne signifie pas qu'une marche occasionnelle provoquera une maladie articulaire : il s'agit plutôt d'éviter les sollicitations répétées et inutiles.
On rencontre parfois la règle des « cinq minutes de marche par mois d'âge ». Elle est pratique à retenir, mais ne repose sur aucune validation scientifique et ne peut pas servir de limite universelle. Le bon niveau d'activité dépend de l'âge, du développement, du terrain, de la condition physique et de l'intensité de l'effort. Pour aller plus loin, voir notre page Activité physique et croissance.
Il est également important de laisser le jeune chien se reposer librement. Un chiot enthousiaste peut continuer à jouer alors qu'il aurait besoin d'une pause.
Dysplasie et problèmes articulaires : quel rôle joue la croissance ?
La dysplasie de la hanche est une affection complexe, à composante génétique, dont l'expression peut aussi être influencée par l'environnement. L'alimentation, le poids corporel et certaines sollicitations physiques font partie des facteurs étudiés.
Une étude suédoise publiée en 2026, portant sur 114 568 jeunes chiens de 72 races (dont le Bullmastiff), a montré qu'un poids plus élevé que la moyenne de sa race était associé à des résultats radiographiques de dysplasie de la hanche plus sévères. Cette association variait toutefois selon les races : elle n'était statistiquement significative que pour 13 des 21 races analysées individuellement, et elle ne l'était pas pour le Bullmastiff. Les résultats globaux de l'étude ne peuvent donc pas être transposés tels quels à cette race.
Ces résultats ne prouvent pas qu'un chien lourd développera nécessairement une dysplasie, ni que le poids en est l'unique cause : l'étude ne distinguait pas la masse grasse de la masse musculaire ou de la taille. Ils renforcent néanmoins l'intérêt de maintenir une condition corporelle adaptée tout au long de la croissance.
Il faut donc distinguer deux notions : le poids important qui résulte de la taille et de la constitution naturelle du chien, et le surpoids lié à une accumulation excessive de graisse.
La prévention des troubles articulaires ne repose pas sur une seule mesure. Elle associe une sélection génétique attentive, une alimentation adaptée, une surveillance du poids et des conditions de vie respectueuses du développement du chiot.
Les signes qui doivent conduire à consulter
Un jeune Bullmastiff peut traverser des périodes où sa démarche semble moins coordonnée, notamment lors des changements rapides de proportions corporelles. En revanche, une boiterie ne doit pas être considérée comme une conséquence normale de la croissance.
Justifient un examen vétérinaire :
- une démarche anormale qui persiste ;
- une difficulté à se lever ;
- un refus inhabituel de jouer ;
- une douleur lors des mouvements ;
- une modification progressive de l'orientation des membres.
Certaines affections orthopédiques se manifestent précisément pendant la croissance, et leur prise en charge précoce peut être déterminante. Mieux vaut consulter que d'attendre plusieurs semaines en espérant que le problème disparaisse. Notre page Urgences & signes d'alerte rappelle les situations qui ne peuvent pas attendre.
Un développement physique, mais aussi comportemental
Pendant que son corps grandit, le jeune Bullmastiff découvre aussi le monde. Sa taille peut devenir impressionnante très tôt, alors que son comportement reste celui d'un chiot : il peut manquer de maîtrise dans ses déplacements, rechercher beaucoup de contact ou réagir avec enthousiasme sans mesurer sa force.
L'éducation doit donc accompagner cette transformation dès le plus jeune âge, sans attendre qu'il ait atteint son poids adulte. La marche en laisse, le rappel, les manipulations et les rencontres positives avec des environnements variés sont particulièrement utiles. Des exercices courts, réguliers et adaptés à son âge installent des habitudes qui deviendront précieuses lorsque le chien pèsera plusieurs dizaines de kilos.
Les bases de la socialisation et des premières semaines sont présentées sur notre page Bien démarrer, et notre article sur les erreurs qui rendent le rappel moins fiable s'applique tout autant à un grand chien.
La patience reste le meilleur repère
La puissance du Bullmastiff se construit progressivement. Sa croissance ne doit pas devenir une course au poids ou à la musculature.
Un chiot qui se développe harmonieusement, conserve une bonne condition corporelle, se déplace avec aisance et bénéficie d'une alimentation adaptée dispose de bases favorables pour sa vie adulte.
Il n'existe pas de recette capable de garantir l'absence de problème articulaire : la génétique conserve une place importante, et chaque chien évolue à son propre rythme. Accompagner la croissance du Bullmastiff consiste surtout à respecter ce rythme, sans chercher à précipiter les choses.
Sources et références
- FCI — Bullmastiff (n° 157), fiche officielle de la race, standard officiel en vigueur publié le 08/09/2026
- FEDIAF — Nutritional Guidelines 2025, 2025
- Salt C. et al., PLoS ONE — Growth standard charts for monitoring bodyweight in dogs of different sizes, 5 septembre 2017
- Krontveit R. I. et al., American Journal of Veterinary Research — Housing- and exercise-related risk factors associated with the development of hip dysplasia, 2012 ; résumé : ScienceDaily
- Andersson L. et al., Scientific Reports — Association between body weight and hip dysplasia screening results in young adult dogs of different breeds in Sweden, 3 juin 2026 ; texte intégral et tableau 3 également sur PubMed Central
- PDSA — Exercising your puppy
- WSAVA — Boîte à outils nutritionnels
