Santé & sécurité

Piroplasmose (babésiose) chez le chien

Reconnaître les signes, comprendre le diagnostic et prévenir les tiques.

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La piroplasmose, également appelée babésiose canine, est une maladie parasitaire transmise principalement par certaines tiques.

Les parasites du genre Babesia pénètrent dans les globules rouges du chien, s’y multiplient et participent à leur destruction. Cette atteinte peut provoquer une anémie et, dans les formes compliquées, perturber le fonctionnement de plusieurs organes. En France, Babesia canis est l’espèce principalement impliquée dans les formes classiques de piroplasmose canine.

La maladie peut être sérieuse, mais lorsqu’elle est reconnue et traitée suffisamment tôt, l’évolution est le plus souvent favorable. Les premières manifestations sont toutefois parfois peu spécifiques : un chien peut simplement sembler très fatigué ou perdre brutalement l’appétit.

Sommaire de la page
Infographie sur la piroplasmose rappelant les signes à surveiller, l’absence possible de tique visible et les principaux gestes de prévention
Une synthèse visuelle complémentaire pour retenir les signes et les réflexes essentiels. Ouvrir en grand

01 · Comprendre

Comment un chien attrape-t-il la piroplasmose ?

La contamination se produit lorsqu’une tique porteuse de Babesia se fixe sur le chien et prend son repas sanguin. Toutes les tiques ne transmettent pas la maladie et le niveau de risque varie fortement selon les espèces présentes et les endroits fréquentés.

En Europe, Dermacentor reticulatus est notamment le vecteur principal de Babesia canis. Les tiques attendent leur hôte dans la végétation : herbes, broussailles, landes, lisières de bois… Elles ne tombent pas des arbres. Elles peuvent également être rencontrées dans certains jardins, terrains vagues ou espaces urbains.

Où et quand y a-t-il un risque ?

La piroplasmose est présente sur l’ensemble du territoire français. Son importance varie cependant fortement selon les régions et même selon les secteurs d’une même région. Certaines zones sont historiquement plus touchées, notamment dans le Sud-Ouest, mais cela ne signifie pas que les autres régions sont indemnes.

Le printemps et l’automne correspondent traditionnellement à des périodes où davantage de cas sont observés, mais des piroplasmoses surviennent également en dehors de ces pics saisonniers.

02 · Repérer

Faut-il avoir trouvé une tique sur le chien ?

Non.

Une tique peut être très petite, cachée sous le pelage ou ne plus être présente lorsque les premiers symptômes apparaissent.

Le cas clinique d’Ukos publié par l’École nationale vétérinaire de Toulouse l’illustre bien : deux petites tiques difficiles à détecter avaient été retirées à ce chiot de trois mois alors qu’il était encore en pleine forme. Quelques jours plus tard, une baisse d’appétit, un abattement et de la fièvre ont conduit à réaliser un frottis sanguin qui a révélé la présence des parasites.

L’absence de tique visible n’écarte donc jamais à elle seule une piroplasmose.

03 · Observer

Quels signes doivent alerter ?

La forme classique peut apparaître assez brutalement.

Les manifestations les plus fréquentes sont l’abattement, la perte ou la baisse nette d’appétit et la fièvre. Des muqueuses plus pâles peuvent apparaître avec l’anémie. Les urines peuvent devenir rougeâtres, brunes ou couleur « thé/café », mais ce signe n’est pas systématique.

Dans les données regroupées dans la thèse VetAgro Sup 2023, l’abattement et l’anorexie figurent parmi les signes les plus fréquents ; surtout, environ un tiers des cas de l’étude avaient une température rectale inférieure à 39 °C. L’absence de fièvre ne suffit donc pas non plus à exclure une babésiose.

Trois niveaux pour savoir quoi faire

🟢 Surveillance rapprochée

Ce que vous observez
Fatigue légère isolée, chien normalement réactif, qui mange et boit normalement, sans autre anomalie évidente

Conduite pratique
Surveillez son évolution. Si le changement persiste, s’aggrave ou survient après une exposition connue aux tiques, demandez conseil au vétérinaire.

🟠 Consulter dans la journée

Ce que vous observez
Abattement franc, perte nette d’appétit ou fièvre inexpliquée, particulièrement après une exposition possible aux tiques

Conduite pratique
Contactez votre vétérinaire dans la journée. Plusieurs signes associés renforcent la suspicion.

🔴 Urgence — ne pas attendre

Ce que vous observez
Muqueuses très pâles ou jaunes, urines très foncées, grande faiblesse, difficultés respiratoires, troubles neurologiques, chien qui ne tient plus debout ou état qui se dégrade rapidement

Conduite pratique
Contactez immédiatement un vétérinaire ou un service d’urgence.

Chez un chiot, un chien âgé ou un chien déjà fragilisé par une maladie, le seuil de vigilance doit être plus bas : une dégradation inhabituelle mérite d’être évaluée plus rapidement.

Et la température ?

La température rectale normale du chien se situe approximativement autour de 37,5 à 39,2 °C, avec des variations individuelles et liées au contexte. Elle doit idéalement être mesurée au calme.

La température est seulement un élément parmi les autres. Ne laissez jamais un chiffre rassurant retarder une consultation chez un chien très abattu, pâle ou dont l’état se dégrade.

04 · Nuancer

Les urines doivent-elles obligatoirement devenir foncées ?

Non — et c’est un point important.

Les urines marron foncé sont un signe très évocateur lorsqu’elles apparaissent, mais Frégis les rapporte dans environ 50 % des formes classiques.

La thèse 2023 rapporte également des fréquences de pigmenturie variables selon les études. L’abattement et l’anorexie peuvent même être les seuls signes observés au début.

Il ne faut donc jamais attendre des urines couleur café pour penser à consulter.

Lors d’une destruction importante des globules rouges, l’hémoglobine libérée peut notamment être éliminée dans les urines et contribuer à leur coloration rougeâtre ou brun foncé.

05 · Comprendre

Que se passe-t-il dans l’organisme ?

Les Babesia se multiplient dans les globules rouges. Leur destruction provoque une anémie hémolytique, qui réduit la capacité du sang à transporter correctement l’oxygène.

La réaction de l’organisme à l’infection peut également contribuer à des atteintes plus générales.

Dans certaines formes compliquées, plusieurs organes peuvent être touchés, notamment les reins.

06 · Diagnostiquer

Comment le vétérinaire pose-t-il le diagnostic ?

Les symptômes peuvent orienter le vétérinaire, mais ils ne sont pas suffisamment spécifiques pour confirmer seuls une piroplasmose.

Une prise de sang permet notamment d’évaluer les globules rouges, les plaquettes et différents paramètres pouvant renseigner sur la gravité de la maladie.

Les plaquettes sont particulièrement intéressantes

La thrombopénie, c’est-à-dire une diminution du nombre de plaquettes sanguines, est très fréquemment observée lors de babésiose canine.

Dans l’étude VetAgro Sup portant sur les cas français analysés, elle était présente chez 87,9 % des chiens, ce qui en faisait l’anomalie hématologique la plus fréquente de cette population. Elle n’est toutefois pas spécifique de la piroplasmose et ne suffit donc pas à poser le diagnostic.

Le frottis sanguin

Le vétérinaire étale une goutte de sang sur une lame puis l’examine au microscope.

Lorsque des Babesia sont visualisées à l’intérieur des globules rouges, le diagnostic est fortement établi.

Mais l’inverse n’est pas vrai :

La PCR

La PCR recherche l’ADN du parasite. Elle est plus sensible que le frottis sanguin et peut également contribuer à déterminer l’espèce de Babesia impliquée.

Le vétérinaire choisit les examens nécessaires selon le tableau clinique : il n’existe pas un examen unique obligatoire pour tous les chiens.

07 · Traiter

Comment traite-t-on une piroplasmose ?

Il existe des traitements antiparasitaires spécifiques de la babésiose. Le choix du traitement et du protocole appartient au vétérinaire.

Selon la gravité, des soins complémentaires peuvent être nécessaires : perfusion, hospitalisation, surveillance rapprochée et, dans les formes sévères, parfois transfusion sanguine ou traitement de complications.

Lorsqu’elle est diagnostiquée et traitée rapidement, l’évolution est le plus souvent favorable. Les formes compliquées restent cependant beaucoup plus graves.

La thèse française confirme notamment que les formes compliquées présentent un pronostic très différent des formes simples, avec l’insuffisance rénale aiguë parmi les complications importantes.

Après le traitement

La surveillance ne s’arrête pas au traitement initial.

Dans les formes sévères, certaines complications peuvent encore apparaître ou s’aggraver dans les heures ou les jours suivants. Respectez donc les contrôles demandés par le vétérinaire, même si le chien retrouve rapidement de l’énergie.

ESCCAP décrit également la possibilité de rechutes après un premier épisode traité.

08 · Après

Un chien guéri est-il ensuite protégé ?

Non.

Un chien ayant déjà présenté une piroplasmose peut être infecté à nouveau.

Une guérison ne doit donc jamais conduire à relâcher la prévention contre les tiques.

09 · Prévenir

Prévenir : la priorité reste la protection contre les tiques

La prévention repose principalement sur une protection anti-tiques adaptée au chien et correctement renouvelée, associée à une inspection régulière du pelage.

Aucun dispositif de prévention ne justifie d’abandonner cette inspection : trouver une tique sur un chien correctement protégé ne signifie pas automatiquement que sa protection « ne fonctionne pas ».

Après les promenades dans des zones végétalisées, inspectez particulièrement les endroits où les tiques passent facilement inaperçues : tête, oreilles, cou, aisselles, aine, espaces entre les doigts et zones à poil dense.

Une tique est trouvée : que faire ?

Retirez-la dès qu’elle est vue.

Les sources ne permettent pas de définir pour le propriétaire une durée de fixation que l’on puisse considérer comme une garantie d’absence de transmission. La seule règle pratique utile est donc de retirer une tique le plus rapidement possible.

Utilisez un crochet ou tire-tique adapté, en suivant son mode d’emploi.

Ce qu’il faut éviter

  • ne pas arracher ou écraser volontairement la tique avec les doigts ;
  • ne pas appliquer d’éther ou de produit destiné à « endormir » la tique avant son retrait ;
  • ne pas essayer de la brûler.

ESCCAP recommande précisément un retrait mécanique adapté et déconseille ces manipulations.

10 · Compléter

Et la vaccination contre la piroplasmose ?

La vaccination peut constituer une protection complémentaire chez certains chiens exposés, mais elle ne doit jamais remplacer la lutte contre les tiques.

Le vaccin actuellement autorisé en France est destiné à l’immunisation active contre la piroplasmose à Babesia canis. L’ANMV précise également que son utilisation et son calendrier répondent à des conditions spécifiques.

La protection n’est pas absolue. Les données scientifiques disponibles montrent que la vaccination peut diminuer l’expression clinique de certaines infections, mais son efficacité varie notamment avec les souches impliquées. La thèse vétérinaire française 2023 retrouve ainsi une maladie globalement moins sévère chez le petit groupe de chiens vaccinés étudié, tout en soulignant les limites de l’effectif et l’absence de démonstration statistique concernant la mortalité ou les formes compliquées.

Un chien vacciné peut malgré tout contracter une piroplasmose : la vaccination ne doit donc jamais retarder une consultation en présence de signes compatibles.

Sources principales

  • ESCCAP France — Babesia, les parasites responsables de la piroplasmose (babésiose).
  • Centre Hospitalier Vétérinaire Frégis — Piroplasmose (Babésiose) chez le chien.
  • de Gevigney L. — Babésiose canine en France, étude clinique et efficacité de la vaccination, thèse vétérinaire, VetAgro Sup / Université Claude Bernard Lyon 1, 2023.
  • René-Martellet M. — Étude du rôle vecteur de Rhipicephalus sanguineus s.l. dans la transmission des babésioses canines en France, Université Claude Bernard Lyon 1, 2013.
  • École Nationale Vétérinaire de Toulouse — cas clinique Ukos, 2024.
  • ANMV / ANSES — RCP de PIRODOG, pour la partie vaccination.
  • Merck Veterinary Manual — plages physiologiques de température rectale du chien.